5 Un grand moment de solitude
UN GRAND MOMENT DE SOLITUDE
Qui ne s’est jamais retrouvé désespérément honteux d’une situation scabreuse provoquée malgré soi, juste au moment où l’on souhaitait justement faire bonne figure?
Un grand moment de solitude dont on se souvient, en général, longtemps!
C’est le cas de Clivia, 40 ans, journaliste, qui nous relate son témoignage dans un fou-rire!
“C’était l’année dernière, lors d’un petit festival cinématographique régional auquel j’accompagnais mon mari journaliste comme moi. Nous étions au cocktail d’ouverture, juste après les débats d’usage, et discutions avec les quelques relations professionnelles de mon mari, en bonnes convenances. Des serveurs circulaient parmi nous pour nous proposer des coupes de champagne; j’en avais déjà bu deux lorsque mon mari m’a demandé si j’avais un stylo sur moi, pour relever le contact d’un artiste avec lequel il venait de faire connaissance. Je fouillais d’une main dans mon petit sac resté suspendu à mon épaule: il contenait tous mes trésors d’un soir; ne trouvant pas tout de suite le stylo recherché, je soulevais sans trop de distinction une masse de produits de beauté, gardais de mon autre main la coupe de champagne dont je venais de me saisir puisque le serveur me la proposait avec une extrême gentillesse, et là, je vis voltiger tel un missile qui traçait sa trajectoire avec la certitude d’atteindre sa cible, l’unique tampon que j’avais sur moi, et atterrir en toute noblesse, dans une des coupes de champagne posées sur le plateau, laquelle aspergea mon gentil serveur, qui hésitait entre hurler de rire et m’insulter…Des éclats de rire autour de moi m’ont confirmé que je n’avais pas rêvé et que j’étais bien au coeur d’une situation délicate dont mon charmant mari a tenté de me sortir avec sa délicatesse habituelle: d’un air dégagé, il s’est saisi de la coupe, en disant tout haut: “chérie, je crois que c’est à toi, cette petite chose dans ma coupe…”
Je crois n’avoir jamais autant rougi de ma vie!! Mais qu’est-ce qu’on a pu rire ensuite!!!”
Marie-Claire quant à elle, rougit encore de honte en se rappelant la scène, cependant mi-confuse, mi-amusée avec le recul:
“ J’ai toujours adoré jouer aux claquettes! Depuis ma plus tendre enfance, je prenais un plaisir fou à observer à la télé les danseurs de claquette, à scruter leurs mouvements grâcieux, leur gestuelle à la fois souple et précise, et leurs jeux de jambes remarquables. Je rêvais d’en faire autant!! Il a fallu attendre l’année de mes 16 ans pour que mes parents acceptent de m’offrir des cours. J’étais une élève assidue, j’étais fière des progrès que je faisais au fil des mois. Mon prof, un monsieur noir jovial et charmant, m’encourageait toujours de son regard lors de mes démonstrations. Le jour du spectacle de fin d’année, alors que mes parents, frères et soeurs, grands-parents et amis proches étaient tous venus observer ma dextérité légendaire dont je les avais rabâchés tout au long de l’année, je ne fus étonnamment pas paralysée par le trac. J’étais au contraire toute excitée à l’idée de leur en mettre plein la vue!! Je répétais ma chorégraphie en coulisses, et remarquais alors que le cuir de mes chaussures à claquettes était décidément très souple à mes pieds, peut-être même un peu trop…? Nous étions annoncés, je n’avais pas le temps de m’en soucier plus, il fallait entrer en scène. Je démarrais plutôt bien ma prestation, me fondant dans la masse de mes camarades, bien en rythme, souriante, heureuse de danser devant mes proches. Très à l’aise, de plus en plus même, je prenais alors la liberté d’improviser des mouvements de bras qui ne faisaient pas partie de la chorégraphie, sans doute entraînée par la musique et les regards d’encouragement de ma famille. À un moment donné, sans que je ne parvienne à le maîtriser, lors d’un pas à trois temps, j’ai senti ma chaussure se désolidariser de mon pied, pile au moment où je lançais la jambe droite à l’arrière vers la jambe gauche, sans que je puisse la retenir!! Propulsée à au moins 30 à l’heure, je suis restée interdite quand j’ai vu ma chaussure traverser la scène et atterrir pile sur le profil droit de mon prof, assis à l’extrêmité du tout premier rang!!
Un très grand moment de solitude, accentué par tous les yeux rives sur moi…le spectacle s’est soldé malgré moi sur un moment d’hilarité générale, et je n’avais qu’une envie: m’enfoncer dans le sol et vite me faire oublier!!”
Karine TUZET
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