A la rencontre de… Monsieur Antoine DECULTOT, LINICULTEUR
Passionnés
par la culture du lin, Monsieur DECULTOT a eu la riche idée
de se mettre à la portée du touriste qui ne
connaît rien au lin pour lui apporter tous les moyens
nécessaires de repartir très savant sur le sujet.
Mr.Decultot :
Je suis passionné par cette culture
et je me suis aperçu, en croisant les touristes qui me
demandaient ce qu’était cette petite fleur bleue,
que beaucoup ne connaissaient pas le lin.
J’ai donc eu l’idée, avec mon
épouse, de
transformer une pièce de mon habitation en musée
et une autre en boutique. Nous savons que pour palier
prochainement à une diminution de nos revenus, il
nous faut trouver des filières complémentaires.
Nous avons donc décidé de vendre des produits
à base de lin tels que vêtements, linge de maison,
torchons à confiture (qui peuvent servir à
conserver le pain), des cadeaux de naissance (comme les enveloppes de
carnets de vaccinations ou de naissance), du tissu au mètre,
des voilages, des mouchoirs, des sous verres et des produits de soins
pour le corps (fabriqués à base d’huile
des graines de lin, complètement anallergiques et
fabriqués en France).
Tépaseul : Pouvez vous nous
faire un petit résumé sur la récolte
du lin ?
Mr. Decultot : Je vous rappelle
« la culture du Lin » que
j’ai résumée et qui est sur mon site
www.lavitrinedulin.free.fr
:
« Sa culture est peu
exigeante en azote (d'où pas de pollution
par les nitrates) et nécessite très peu de
traitements phytosanitaires (un désherbant et un traitement
contre les insectes au maximum). Le lin se situe donc en toute
première place sur une échelle
écologique. Ensuite, le fil et le tissu subissent un
traitement qui est similaire en tout point aux autres fibres.
Son
toucher, son côté frais et agréable
à porter donne un sentiment de bien-être. Sa
richesse de coloris, sans égal, en fait un textile
très prisé des grands créateurs de
mode. Son tissu est anallergique;
Avec ses fleurs blanches, violettes ou bleues,
le lin égaye les
paysages du Nord ou de la Normandie. Mais en plus d'être
jolie, cette plante est utilisée dans multiples secteurs.
Du champ au vêtement. Pour
pouvoir utiliser le lin et le transformer en tissu, il faut d'abord
séparer, à l'intérieur de la plante,
les fibres et la paille. Pour cela, 2 étapes sont
nécessaires. La première se déroule
dans les champs, juste après la récolte
où le lin, une fois arraché, est
couché par terre. Les bactéries et champignons du
sol vont alors attaquer les "ciments" ou "pectines" qui lient la paille
à la fibre. C'est ce qu'on appelle le rouissage.
La
2ème étape se fait dans les hangars,
où la paille récupérée est
passée au teillage : d'immenses brosses séparent
mécaniquement la paille (anas) et la fibre (filasse). Cette
filasse passera dans les peignes de plus en plus fins pour
séparer de plus en plus les fibres : c'est le peignage. La
fibre devient douce et soyeuse, prête à
l'industrie du filage et du textile ... Et prête à
devenir un futur vêtement.
Un peu d'Histoire
Les premières traces de
lin sont retrouvées en Turquie 10000avant J-C.
3000 ans avant J-C, le lin constitue la 2ème
force
économique de la civilisation égyptienne. Il
servait à confectionner les vêtements du peuple et
des pharaons ... et à conserver les momies grâce
à ses bandelettes !
Pour éviter la fatigue du sol et la
prolifération des
maladies dans celui-ci, il faut respecter un intervalle d'au moins 7
ans entre deux cultures de lin dans la même terre. L'agriculteur
doit donc préparer une rotation de culture sur ces terres
où le lin ne sera présent qu'une année
sur sept. Les 6 autres années il y cultive de la betterave,
de la pomme de terre, du blé, du colza, du pois ou de
l'escourgeon.
LE SEMIS
Tout commence par la préparation du sol. Le travail de sol doit
préparer un lit de semence qui assure une germination
régulière et rapide, et un bon
développement du système racinaire des jeunes
plantules. Il faut bien entendu, maintenir la terre très
propre, sans mauvaises herbes. La période de semis se situe
entre le 15 mars et le 15 avril. Il faut compter 15 à 20
jours pour la levée. Il faut semer assez de graines pour
obtenir, par mètre carré, environ 2000 pieds,
bien levés, ce qui correspond à environ 2200
graines par m2 (nous comptons 10% de perte à la
levée).
Un tel peuplement est dense, aussi est-il
très important que la répartition de la semence
soit aussi homogène que possible pour occuper toute la
surface et pour obtenir des tiges fines et
régulières. La graine est enterrée
à une profondeur de 1 à 2 cm.
DE LA LEVEE A LA FLORAISON

Il faut compter environ 10 semaines à la plante pour fleurir. Sur la
tige se développe 80 à 100 feuilles. Pendant
cette phase de croissance rapide, la sensibilité
à la verse est maximum (la verse : les plantes se couchent
par terre, par l'effet d'orages ou de fortes pluies). Parfois, le lin
pourra se relever mais s'il ne peut pas, sa qualité sera
médiocre. Dans les jours qui précèdent
la floraison ou à son début, il y a là
une période très critique.
LA FLORAISON
Elle intervient au cours du mois de
juin, la plante atteint une hauteur voisine d'un mètre. La
fleur dure une demie-journée. Environ trente jours
après le début de la floraison, le lin est
mûr.
ARRACHAGE
Il intervient au cours du mois de juillet. Il commence normalement lorsque
les tiges sont défoliées sur environ le tiers
inférieur. C'est à dire lorsqu'elles ont perdu
leurs feuilles sur le tiers de leur longueur à partir du
sol; Les capsules contenant les graines ont alors une couleur
jaune-brun. On ne fauche pas le lin, on l'arrache pour conserver toute
la longueur des tiges, et on le dépose sur le sol en
andains. L'andain est une nappe de lin qui occupe au sol une largeur
d'environ un mètre.
ROUISSAGE
L'arrachage effectué, le rouissage peut se développer
dès que les conditions d'humidité sont
favorables. Le rouissage est l'opération qui permet,
grâce à l'action de micro-organismes ( champignons
et bactéries), de séparer d'un
côté les fibres et de l'autre
côté le bois et l'écorce. Ainsi les
micro-organismes attaquent les ciments qui tiennent les fibres entre
elles.
Il est généralement
nécessaire de retourner le lin pour obtenir un rouissage
homogène. Quand le rouissage est jugé optimum, le
lin est ramassé en grosses balles rondes. Il est ensuite
teillé, la fibre est séparée de la
paille et des poussières. Le lin est ensuite
peigné, il est filé, tissé et
confectionné pour donner un vêtement tel que
tailleur, chemisier, jupe pour les femmes et tel que veste, costume ou
chemise pour les hommes (différents modèles en
vente) ».
J’ajouterais
que le lin a une fleur éphémère qui ne
dure qu’une demie journée. Elle s’ouvre
le matin, se referme à midi puis tombe. Et le lendemain, une
autre fleurit et ainsi de suite…Chaque tige est
composée d’assez de fleurs pour que la floraison
dure au moins 10 jours.
Le lin a une croissance
très rapide. Si on l’arrache, c’est pour
pouvoir conserver toute la longueur de la fibre.
D’autre
part, nous ne pouvons le cultiver sur un même terrain que
tous les 6/7 ans. C’est pourquoi, on alterne avec
d’autres cultures.
Tépaseul :
Parlez nous un peu de votre propriété.
Mr
Decultot :
C’est un clos masure de la fin
du 17e siècle. C’est un clos masure typiquement
cauchoix avec des hêtres et des chênes qui
l’entourent complètement et qui nous
protègent des vents dominants. C’est aussi une
curiosité pour les touristes. Là
encore, vous pouvez vous rendre sur mon site où des photos
vous permettent de voir exactement à quoi ressemble un clos
masure cauchoix.
Nous avons d’ailleurs
installé un gîte dans un four à pain
pour le touriste qui a envie de s’attarder un peu dans cette
belle région.
Tépaseul :
Merci Monsieur Ducultot. Nous nous faisons un plaisir de transmettre
vos coordonnées à nos lecteurs qui,
lorsqu’ils se sentiront seuls, ou qu’ils auront
envie de se dépayser, décideront peut
être de venir visiter tout cela et se faire une
idée de la culture du lin sur place.
Monsieur DECULTOT 888
route de la petite chaussée 76110
BRETEVILLE DU GRAND CAUX Tél :
02 35 28 36 79
|