Dali, artiste polyvalent surtout connu pour ses
œuvres picturales, s’inscrit dans le courant
surréaliste des années 20. Le
surréalisme qui surgit en 1924 avec
l’écrivain André Breton et son
manifeste surréaliste, prétend associer deux
courants déjà existants: la
spontanéité d’expression des
dadaîstes et la mécanique mystérieuse
des rêves et de l’inconscient découverte
par Freud. Les grands surréalistes furent Magrite, Ernst et
donc Dali sur lequel nous allons un instant nous attarder.
Dali
s’est tout au long de sa vie complu à
créer des objets à fonction symbolique.
L’objet surréaliste n’est pas pratique,
il ne sert à rien à part attendrir les hommes,
les faire réfléchir parfois.
En
cette rentrée des bonnes résolutions,
s’il est une œuvre d’art absolument
touchante qui met l’accent sur la
vulnérabilité de notre existence au sein de la
spirale du temps qui passe, c’est bien la fameuse sculpture
de la montre molle (en bronze, 1980) de notre ambassadeur des chocolats
Lanvin ( « je suis fffffou des
chocolats »…c’est
lui !), dite « la persistance de la
mémoire », issue elle-même de
sa toile peinte en 1931 du même nom.
Cette
œuvre, à première vue, semble traduire
l’angoisse et la désolation du temps qui passe,
inexorablement, sur l’arbre de notre vie, un arbre sans
feuilles, quasiment sans vie…cependant, si le support de la
montre est en friche, sa mécanique, elle, reste en vie. Les
aiguilles continuent en effet imperceptiblement à offrir
l’heure, cette même heure qui régule nos
vies, conditionne nos plannings, et ordonne nos priorités.
La montre qui fond exprime l’élasticité
du temps et de l’espace. Le temps peut
s’étirer parfois à l’infini,
les secondes semblent être des heures, les heures des
journées entières, ou au contraire il file si
vite que tout semble nous échapper ! Il
existe de nombreuses situations où le passage du temps est
interprété de façon très
sensible: dans les embouteillages, dans les queues aux caisses des
supermarchés ou encore à la poste ( !)
ou à l’opposé une soirée
avec l’être aimé paraît ne
durer qu’une minute, ou encore tous les moments de bonheur
vécus auprès d’un enfant filent
à la vitesse grand V. Mais pourquoi certains temps
d’attente sont-ils plus difficiles à accepter que
d’autres ? Quelle attitude adopter ?
Faut-il opter pour la sérénité ou bien
s’agiter en tout sens pour y pallier ?
Le
temps est tout simplement ce que nous en faisons. Libre
à vous de le remplir jusqu’à
l’excès ou de le laisser filer. Et là
me revient en mémoire un poème de Charles
Baudelaire,
l »’Horloge » qui
définit le temps: « 3600 fois par heure
la seconde chuchote « souviens-toi !
« rapide avec sa voix, D’insecte
maintenant dit : je suis Autrefois, et j’ai
pompé ta vie avec ma trompe
immonde ! » «
(…) Souviens-toi que le temps est un joueur avide qui gagne
sans tricher, à tout coup ! C’est la
loi. » Baudelaire avait compris que le
temps était notre seul ennemi. Contre lui point de salut,
hormis l’ivresse ! Mais quel dommage de chercher
à fuir cette notion alors qu’en
l’affrontant, tout comme on chercherait à dominer
notre solitude, on peut l’envisager de façon tout
à fait constructive :
Enfin,
sans parodier Pascal Obispo mais pour reprendre un des
thèmes majeurs de la philosophie occidentale : Et
s’il ne vous restait plus qu’une heure ? Peut-être
la dernière Que feriez-vous ?
Je
vous laisse réfléchir sur un exercice parabolique
qui m’a tout particulièrement
interpelée en surfant sur un site (
villemin.gerard.free.fr) :
Un
capital à fructifier en ... quelques secondes!
LA BANQUE
Imaginez que votre banque porte chaque
matin à votre crédit 86 400 francs à
dépenser le jour même, votre solde
créditeur éventuel étant
annulé chaque soir. Ce que vous n'avez pas
dépensé est perdu!
Que
feriez-vous? Vous iriez tous les jours vider votre compte
pour profiter au maximum de cette aubaine.
Eh
bien, cette banque existe et vous êtes son client: elle a
pour nom
LE TEMPS
Chaque
matin, elle met à votre disposition 86 400 secondes. Chaque
soir, elle considère comme perdues celles dont vous n'avez
pas fait usage et c'est tant pis pour vous, et aucune avance n'est
consentie sur ce qui vous sera versé le lendemain.
Il vous appartient donc de tirer de chaque
précieuse seconde le maximum de profit et de
bonheur
A faire passer en
priorité dans les bonnes résolutions de la
rentrée ?
Merci Salvador,
cette montre coulante finalement représente tous les
souvenirs déformés que l’on pose sur la
vie. Car notre vie se construit aussi à partir de la
représentation qu’on veut bien s’en
faire ; autant se forger de beaux et de puissants souvenirs
pour être fiers une fois âgés, de se
retourner sur des chemins de vie passablement gratifiants.
Si
vous pleurez sur votre solitude, si chaque heure qui passe vous semble
aussi longue qu’une journée, dîtes vous
que par votre seule volonté vous pouvez inverser la tendance
et vous mettre à profiter puissamment de chaque instant que
vous offre la vie.
Karine TUZET
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