Intervention dans l’émission d’Anne Gavini
“le Bistrot de la vie” de Radio Notre-Dame
Mardi 15 janvier 2008
Thème du jour:
La solitude et les trentenaires
Invitées: Cécile Duchen de Alliance chrétienne
Aurélie Chomont-Garnier, responsable marketing de Meetic
Karine Tuzet, Rédactrice en chef du site tepaseul.com
Il y a en France 8,3 millions de célibataires. Parmi ces chiffres, un trentenaire sur trois serait concerné par le célibat, de plus en plus courant chez cette cible, du fait des études prolongées, des défis professionnels fixés et des moeurs propres à notre époque: il n’est plus rare de rencontrer une jeune-femme de 35 ans, non mariée, sans enfants, toute tournée vers ses objectifs professionnels, ainsi qu’un homme approchant la quarantaine et passant de conquêtes en conquêtes sans songer à se fixer. Mais si cette solitude est bien vécue en terme de liberté par certains, d’autres s’inquiètent de voir s’égrenner les années sans avoir encore fondé de foyer. Les femmes surtout, dont l’horloge biologique leur rappelle méchamment à partir de 35 ans en général, qu’il ne reste que peu de temps à concevoir un bébé (même si à notre époque, on peut être maman jusqu’à 45 ans…). Si certaines se résignent à cette idée, en préférant poursuivre leurs objectifs professionnels, d’autres sont prêtes à faire un enfant à le premier amant de passage…Les hommes n’ont pas véritablement ce souci, même si la plupart songent déjà à cet âge-là, à avoir des enfants un jour.
La quête commune de cette generation est cependant une relation durable et sérieuse qui aboutirait à un épanouissement personnel et efficace.
Or, l’erreur commise la plupart du temps, est d’attendre tout du partenaire. Beaucoup de trentenaires ont le secret espoir de rencontrer le ou la prince(sse) charmant(e) qui les comprendrait, les considérerait et les révèlerait à eux-même. Alors que le célibat devrait être une période propice à des retrouvailles avec soi-même quand il ne s’agit pas de découverte de soi tout court. Car il est indispensable d’apprendre à se connaître parfaitement soi-même, ses limites et objectifs, ses carences et ses atouts, avant d’aller vers les autres. Fort de cette connaissance de soi, l’on est plus disposé ensuite à aller vers les autres. Et surtout plus on se connaît, plus on prend du recul par rapport à l’amour et la recherche de l’âme soeur, donc on est moins obsessionnel, et on attire plus! Car sans état d’esprit d’urgence, on est plus prédisposé aux rencontres constructives. Un des travers de Meetic, est justement de faire de la rencontre amoureuse, l’objet d’une consommation à outrance qui peut mener chaque fois à la déception.
Chacun doit exister face à l’autre comme un être entier et non seulement comme une moitié d’être qui cherche absolument un complément: “Chacun doit pouvoir assumer une forme de solitude intérieure afin de ne pas se perdre dans l’autre au sein de la relation amoureuse” (Brigitte Maffré, auteur avec Pierre Lassal de “Amour et liberté”)
Les trentenaires d’aujourd’hui correspondent à une génération intermédiaire, coincée entre celle de leurs parents pour qui divorcer était encore un peu mal perçu et qui préféraient résoudre les conflit en trouvant des compromis, et la jeune génération libertine sans aucun tabous, et sans concessions, qui jette le partenaire s’il ne correspond pas à des critères parfaitement définis. Leur difficulté à se fixer vient de ce qu’ils s’imposent aussi des critères de sélection parfois trop exigeants, et simplement liés à l’apparence. Pourtant, si l’on sait exactement ce qu’on ne veut plus, il est rare de savoir précisément avec quelle personne on serait heureux(se). Il est tout à fait probable de tomber amoureux(se) d’une personne dont les traits physiques sont aux antipodes du type d’homme ou de femme vers lequel on est habituellement attiré. Tout simplement parce que aimer quelqu’un, c’est avant tout être séduit par sa manière d’être, de penser, et de vivre. Des critères très éloignés de l’apparence physique! Certes, l’apparence est essentielle, mais le charme que dégage un être peut parfois être plus redoutable que la beauté à proprement parler. Les expériences de la vie peuvent parfois nous faire prendre des chemins totalement différents du projet initial.
Autre phénomène observé: l’évolution des moeurs, l’inversion des comportements, le refus de la galanterie, le désir d’autonomie des femmes, qui bousculent les codes traditionnels de la rencontre amoureuse. S’il est vrai que le cliché de l’amant macho qui cherche à “acheter” sa conquête” avant même de la séduire, en l’emmenant dans des endroits somptueux et lui payant les plus chers restaurants, est désuet et incongru, se laisser offrir un verre par un homme devrait être plus couramment acceptée car cela peut laisser s’installer un message en filigrane: “tu me plais bien, j’aimerais te revoir, la prochaine fois, c’est moi qui t’invite”. Les femmes trentenaires ne donnent plus l’impression aux hommes qu’ils peuvent leur être indispensables à leur quotidien; les hommes perdent leur confiance en eux auprès d’elles, et surtout leurs bonnes intentions comme la courtoisie, la galanterie et toutes les marques de bonne éducation. Des éléments pourtant indispensables à la séduction!
Ensuite le respect et l’écoute de l’autre semblent avoir disparu au profit du Moi d’abord. Alimenté par la société individualiste dans laquelle on évolue, on devient vite partisan du moindre effort. On se protége derrière des blindages, alors qu’au fond, on ne demande que de la tendresse et de la considération.
Apprenons donc d’abord à écouter l’autre. Intéressons-nous à lui, à son parcours de vie, à ses projets d’avenir avant de s’épancher à notre tour.
Les maîtres mots d’une histoire d’amour est “la considération”, “l’estime” et le “don de soi”.
Karine Tuzet
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